Ici, c’est un copain qui parle. Il ne fait pas semblant d’avoir tout bien fait : il raconte quand il l’a secouée, quand il a laissé faire, quand ses mots sont sortis de travers. Si vous êtes proche de quelqu’un qui triture sa peau, ça va vous parler.
En bref
- Témoignage reçu par Camille et publié sur Instagram @peau.ssible en octobre 2020
- 25 ans, en couple depuis 4 ans
- Zones chez sa compagne : le visage, les lèvres, les bras, les jambes
- Ce qui n’a pas marché : la pousser, la secouer
- Ce qui aide un peu : la douceur, une caresse, des mots doux
« J’ai essayé de l’aider à ma manière, mais ça n’a fait qu’empirer… Ça me déchire tellement le cœur de la voir se faire du mal. »
J’ai 25 ans et je suis en couple depuis 4 ans avec une jeune fille du même âge que moi.
Essayer d’aider, et se tromper
Ce que je voyais
Régulièrement, je vois ses petits doigts se balader sur son visage, parfois faisant des arrêts sur ses lèvres, sur ses joues, sur son front. Je dirais qu’au début, je prenais plutôt cela pour un TOC, je ne comprenais pas vraiment.
Je la voyais s’arracher le visage, s’arracher les bras, les jambes. Mais c’était quand même plus souvent le visage. Je n’étais pas toujours très subtil quand il s’agissait de lui dire d’arrêter ; au début, je laissais même faire.
Vouloir la secouer
Mais quand on a commencé à se fréquenter davantage et que j’ai vu l’étendue des dégâts de jour en jour, j’ai commencé à me poser des questions. J’ai essayé de comprendre, j’ai essayé de l’aider à ma manière.
J’ai essayé de réveiller en elle quelque chose qui l’aurait fait se rebiffer, une réaction. J’ai voulu faire en sorte qu’elle ne se laisse pas abattre, en essayant de la motiver, en essayant d’éveiller chez elle une certaine force, qui aurait pu prendre le dessus.
Mais cela n’a fait qu’empirer. Avec le recul, je me dis maintenant qu’à ce moment-là, je n’avais pas compris ce qu’il se passait, ce qui lui arrivait.
Comprendre ce qui se passe à l’intérieur
La découverte du compte Peaussible
Après avoir essayé de l’aider, j’ai complètement arrêté, je l’ai laissée faire, je l’ai laissée s’arracher le visage et, petit à petit, la fréquence avait baissé, elle s’était calmée.
Un soir, elle est tombée sur ce compte Instagram et là, ça a été une espèce de révélation pour elle : elle n’était pas toute seule, on pouvait lui donner la parole. Elle a alors décidé de me montrer ces témoignages. On a eu une belle discussion sur ce qu’elle a.
« À l’intérieur d’elle, c’est la guerre »
J’ai alors essayé d’être plus doux dans ma manière de lui dire d’arrêter de s’arracher le visage, d’être plus à l’écoute.
Parce que j’ai compris que, quand elle avait ces crises où elle s’arrache énormément le visage, c’est qu’à l’intérieur d’elle, c’est la guerre : un trop-plein d’émotions monumental, qui n’arrive pas à sortir. Ça devient sa seule échappatoire, le seul outil qu’elle a pour pouvoir s’exprimer dans ces moments-là.
Absente pendant la crise
Elle entre dans une sorte de transe, elle regarde dans le vide pendant de longues minutes, tout en se triturant les lèvres et le visage tout entier, jusqu’au sang.
Autant que possible, j’essaie de lui faire reprendre ses esprits pour qu’elle se rende compte de ce qu’elle est en train de faire, parce que la plupart du temps, elle ne s’en rend pas compte. J’essaie de la faire revenir par une caresse, par des mots doux, mais ce n’est pas toujours facile.
Rester humain
Ça me déchire tellement le cœur de la voir se faire du mal, sans s’en rendre compte, parce qu’elle n’arrive pas à s’exprimer…
Que parfois, malheureusement, je ne suis pas doux, je ne suis pas gentil quand j’essaie de lui faire prendre conscience. Des fois, j’ai des remarques clairement méchantes, parce que ça me peine beaucoup et que je ne suis qu’un humain. Des fois, je suis plus sujet au stress qu’à d’autres périodes, et dans ces moments-là, j’ai du mal à appréhender les choses calmement en ce qui la concerne.
Mais j’essaie vraiment de faire de mon mieux, parce qu’elle est belle et parce qu’elle a besoin de se rendre compte qu’elle est belle.
Parce que c’est la femme de ma vie et que j’ai envie de prendre soin d’elle.
Ce que je retiens
Il a tout compris en une phrase : à l’intérieur, « c’est la guerre ». Dire « arrête », ça ne marche pas, parce que ce n’est pas une question de volonté. La douceur aide souvent plus que les reproches. Et oui, vous avez le droit d’être maladroit·e, vous aussi.
♥️ Témoignage à retrouver sur Instagram @peau.ssible
🎧 Les notes vocales Peaussible
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