Dermatillomanie du dos, sans miroir : « mon dos ressemblait à un ciel rempli d’étoiles »

Avertissement : Ce témoignage évoque des gestes violents envers soi. Si vous traversez un moment difficile, le 3114 répond 24h/24, gratuitement.

On pense souvent que la derma se passe devant le miroir. Chez elle, non : ses mains partent « à la chasse » toutes seules, surtout sur le dos, même en plein repas. Elle raconte aussi les rendez-vous où personne n’a mis le bon mot. Et elle a trouvé une astuce que j’adore : Animal Crossing.

En bref

  • Témoignage reçu par Camille et publié sur Instagram @peau.ssible en juillet 2020
  • Début au collège
  • Zones : surtout le dos, mais aussi le visage, la poitrine, le cou, le crâne
  • Particularité : pas besoin de miroir
  • Ce qui l’aide : occuper ses mains (jeux vidéo, jardinage, kalimba), en parler à un proche

« Ma derma est principalement sur le dos. Il n’y a pas longtemps, j’ai pris en photo mon dos. Il ressemblait à un ciel rempli d’étoiles ! »

Les débuts, au collège

J’ai commencé la dermatillomanie au collège, à cause de mon poids, des problèmes d’amitié et des problèmes familiaux.

Ma mère, depuis que je suis petite, voulait toujours percer mes boutons, ainsi que ceux de ma petite sœur.

Partout, au fil de ma main

Ma dermatillomanie est principalement sur le dos. Mais je touche aussi mon visage, ma poitrine, le cou, les épaules, le crâne et parfois les jambes, ça dépend s’il y a des poils incarnés.

Ça peut être partout en fait, mais ça dépend du circuit que fait ma main. Elle fait souvent de bas en haut.

J’utilise uniquement mes doigts pour le grattage, sur tout mon corps. Même si, pour le visage, il m’arrive de prendre une aiguille pour transpercer les boutons que je n’arrive pas à percer et qui sont douloureux.

Douleur et vertige

Je ressens parfois de la douleur pendant les crises. Surtout quand je m’acharne sur un bouton ou sur une croûte qui ne veut pas partir.

Mais par contre, quand je tourne un peu la tête vers mon dos quand je gratte, j’ai la tête qui tourne. C’est peut-être dû au plaisir que ça me procure de faire ça ? Je ne sais pas…

La colère que je ne montre pas

Je suis une personne timide qui se met facilement en colère et qui ne montre jamais ses émotions. Quand je me mets en colère, j’ai l’impression d’être Hulk : mon but, c’est de faire le moins de victimes, et les seules victimes sont moi et ma petite sœur.

Je frappais, griffais ma sœur quand elle était dans les parages, et je m’en veux. Autrement, quand j’étais seule, je me donnais des coups de brosse à cheveux, me frappais, donnais des coups dans les murs…

Mais la dernière fois que j’ai fait ça, c’était l’année dernière, pour mon oral du bac blanc de français. Et autrement, c’est mon dos qui a tout réceptionné avec la dermatillomanie.

Un stress permanent

Ça ne se voit pas vraiment, mais je pense que je suis une personne qui stresse h24. Car j’ai peur de faire des erreurs et de ne pas rendre heureuse la personne avec qui je vais être dans la journée.

Par exemple, pour 1 h de conduite, si je suis en avance, je me pose toujours des questions en me disant « est-ce que ça va bien se passer ? ». Ou même, je me dis que ça va être gênant car je ne parle à personne, et du coup ça va être le blanc total avec mon moniteur…

Un ciel rempli d’étoiles

J’ai décidé de vraiment faire des recherches sur ce que j’avais quand ma mère m’a dit que ce que je faisais sur mon dos, c’était de la scarification. Alors que moi, je ne pouvais pas voir l’état de mon dos.

Et il n’y a pas longtemps, j’ai pris en photo mon dos : il ressemble à un ciel rempli d’étoiles.

Chercher le bon professionnel

J’ai été voir un médecin qui m’a dit que j’avais une « maladie » qu’ont souvent les bébés… avec plein de petits boutons blancs sur le haut du dos. Je ne sais pas vraiment à quoi elle faisait référence…

Mais du coup, j’ai eu droit à une crème qu’il fallait mettre autour de chaque orifice, je devais laver tous mes draps, mon linge, etc. Depuis, je n’ai pas voulu la revoir, car je savais depuis le début que ce n’était pas ça et que ça faisait plus de mal qu’autre chose.

J’ai été voir une dermatologue et elle m’a dit que ce n’était rien. Elle m’a prescrit une crème cicatrisante dont mon médecin généraliste a dit qu’elle ne servait à rien.

J’aimerais tellement trouver un professionnel qui puisse vraiment me dire « oui, c’est bien de la dermatillomanie » et qui soit capable de m’aider.

Une derma sans miroir

Ma dermatillomanie est un vrai problème, car je n’ai pas besoin d’un miroir pour me toucher. C’est devenu une routine : mes mains passent sur chaque parcelle de ma peau pour enlever toutes les sensations désagréables sous mes doigts.

Il m’arrive souvent de ne pas me rendre compte que mes mains sont parties à la chasse, et la seule fois où je ne touche pas ma peau, c’est quand je dors. Parfois, je me demande s’il ne faudrait pas m’attacher les mains ou me les couper.

J’aurais préféré avoir des crises devant mon miroir au lieu de m’être touché la peau devant mes proches en plein repas. Ça m’aurait permis d’avancer en enlevant ou en cachant mes miroirs, mais c’est impossible car je n’en ai pas besoin.

Cacher mon dos

Ma mère regardait toutes les semaines mon dos pour voir son évolution, mais j’ai réussi à me gratter sans qu’elle s’en aperçoive, et puis petit à petit, elle a oublié de vérifier. Elle est tête en l’air et c’est de famille.

Je me compare à un personnage d’Harry Potter à cause de ma dermatillomanie : le professeur Quirrell, car il est hanté par l’esprit de Voldemort, qui est logé derrière sa tête et qu’il cache avec un turban. Alors que moi, ma dermatillomanie est sur mon dos, et je la cache avec mes vêtements.

Ce qui m’aide

Grâce à Peaussible, j’ai changé ma routine du matin et du soir pour mon visage, ainsi que celle de mes proches. J’apprends petit à petit à prendre soin de moi, et j’ai aussi pu me rendre compte que je n’étais pas seule et qu’il y a plusieurs personnes qui ont ce TOC.

Occuper mes mains

Avec la sortie d’Animal Crossing New Horizons sur Nintendo Switch, j’ai pu arrêter de me toucher, car quand j’y joue, j’utilise mes mains et je suis à fond dans le jeu.

Pendant le confinement, j’ai pris goût au jardinage et ça fait du bien. J’ai aussi commencé à jouer du kalimba (c’est un instrument de musique) : je suis obligée d’utiliser mes mains. Il faut que je trouve des activités qui occupent mes mains.

Mon conseil

Le conseil que je donnerais, c’est d’en parler avec un proche pour qu’il puisse surveiller votre dos. Le fait d’en parler vous permettra peut-être de trouver plusieurs méthodes et de les tester. Vous ne serez pas seul·e, vous serez entouré·e.

On dit « mieux vaut être seul que mal accompagné », mais être accompagné, c’est une bénédiction quand on souffre. Pour moi, il faut sans doute occuper ses mains.

Ce que j’aimerais faire, c’est pouvoir montrer au monde entier que la dermatillomanie existe, et aider les personnes qui en sont victimes à se retrouver grâce à des photos montrant les zones attaquées par ce TOC, avec un #peaussiblechallenge. Car c’est un défi de pouvoir se montrer comme on est.


Ce que je retiens

Elle a tout compris : il faut occuper ses mains. Console, jardinage, instrument de musique… peu importe, tant que les mains sont prises. Et oui, il existe des professionnel·les qui connaissent la dermatillomanie, même si on tombe parfois d’abord sur les mauvais.

→ Trouver un·e professionnel·le qui connaît la dermatillomanie

♥️ Témoignage à retrouver sur Instagram @peau.ssible

🎧 Les notes vocales Peaussible

Et si vous aviez un soutien 24/7 pour limiter les crises ?

J’ai enregistré 24 messages vocaux pour vous guider dans tous les moments à risque, qu’on connaît bien avec la dermatillomanie. Vous les écoutez quand vous en avez besoin, de jour comme de nuit, et je vous accompagne pour les traverser.

Découvrir les notes vocales

Article précédent
Phobie sociale, agoraphobie et dermatillomanie, après une agression à 15 ans
Article suivant
Une culpabilité d’enfance derrière sa dermatillomanie : « comme si je voulais me punir d’exister »

Ces articles pourraient vous intéresser