Borderline, diagnostiquée à 34 ans : « ma dermatillomanie n’est pas de l’automutilation »

Avertissement : Ce témoignage évoque de l’automutilation, de la violence familiale et une dépendance à l’alcool. Si vous traversez un moment difficile, le 3114 répond 24h/24, gratuitement.

Elle a connu l’automutilation, l’alcool, et un diagnostic de trouble borderline posé très tard. Et elle tient à dire une chose, que même certains professionnels confondent : sa dermatillomanie, ce n’est pas de l’automutilation. Un témoignage lourd, mais qui se termine sur de l’espoir.

En bref

  • Témoignage reçu par Camille et publié sur Instagram @peau.ssible en novembre 2020
  • Début vers 11 ans
  • Dermatillomanie nommée à 34 ans seulement
  • Contexte : père violent, harcèlement scolaire
  • Ce qui l’aide : un suivi en CMP, un compagnon présent, une TCC pour la derma

« Dermatillomanie, anxiété, mutilations, alcoolisme… Cette destruction cachait un monstre : je suis borderline. Mais ma derma n’est PAS de l’automutilation. »

La salle de bain, mon refuge

La dermatillomanie est entrée dans ma vie vers l’âge de 11 ans. Je ne me rappelle pas comment ni quand très exactement, mais j’ai le souvenir de moments très longs passés dans la salle de bain dès mon entrée au collège.

C’était même mon refuge. La pièce était remplie de miroirs. Dans les tiroirs de ma mère, je piochais des produits, crèmes, fond de teint et poudres, qui sont devenus au fil du temps mes alliés, mais aussi mes ennemis, dans cette quête perpétuelle de perfection et d’invisibilisation à la fois.

J’alternais entre moments d’observation intense devant la glace, crise de derma et séance de « réparation » avec mille produits. Dans ces moments-là, le reste du monde n’existait plus.

Ce monde-là, c’était mon père, mon enfance, le reste de ma famille.

Grandir dans la peur

Un père violent

Mon père était un homme violent, colérique et très intimidant. J’ai grandi dans la peur. La peur de lui, de ses coups de colère. Ma mère n’a jamais su comment réagir, elle « épongeait » du mieux qu’elle pouvait.

Parallèlement à ça (mais sans rapport avec le reste), j’ai eu des problèmes de santé qui m’ont contrainte à me rendre souvent à l’hôpital.

J’ai grandi avec un grand manque de confiance en moi et un stress constant. Mes années à l’école ont été catastrophiques : j’ai bien évidemment connu les moqueries, le harcèlement scolaire, l’indélicatesse de certains professeurs…

Les mutilations

À l’âge de 15 ans, j’ai commencé à me mutiler les bras. La plupart du temps avec des lames de rasoir, mais parfois avec d’autres choses, tout ce qui me tombait sous la main. Ma mère était au courant, mais prenait ça pour des « crises passagères ».

J’ai vu plusieurs psychologues. Ça allait mieux pendant un temps, puis les crises repartaient.

« C’est tellement dommage qu’elle ait des boutons »

En plus de ça, la derma continuait et prenait de la place dans ma vie, sans que cela ne choque beaucoup les autres, car j’arrivais toujours à dissimuler les « dégâts ».

Je me rappelle simplement de cette petite phrase qui, aujourd’hui encore, résonne dans ma tête : « Elle est jolie, elle a un beau visage, c’est tellement dommage qu’elle ait des boutons. »

Ma mère m’achetait des crèmes couvrantes, du fond de teint, des produits pour la peau, elle m’emmenait régulièrement en institut. On a regardé le problème à la surface, jamais plus loin.

Mes crises d’automutilation et ma derma ont souvent été confondues (à tort, j’y reviendrai plus tard).

Partir, et tout s’aggrave

Les bars, l’alcool

Je suis partie de chez moi à l’âge de 18 ans, pour une autre ville bien plus grande, synonyme de liberté. J’aurais dû me sentir mieux, apaisée et enfin libérée des problèmes, mais paradoxalement, c’est là que le plus gros des ennuis a commencé.

Je me suis mise à sortir dans les bars, beaucoup. Je faisais énormément de rencontres, très facilement. Je trompais mon ennui et ma solitude à la fois, et petit à petit, je me suis mise à boire.

Ça a pris des années pour que je comprenne que ces moments que je percevais comme festifs et agréables cachaient un problème grave et lourd. Les lendemains de soirées, malgré les cachets contre les maux de tête, de ventre, les nausées et les disputes avec les amis, j’arrivais à me dire que « je ferais plus attention la prochaine fois ».

Le coma éthylique

Ce problème a duré près d’une quinzaine d’années. À l’âge de 33 ans, j’ai fait un coma éthylique.

Ça a été la goutte d’eau de trop dans cet océan de destruction.

Le diagnostic

« Je suis borderline »

J’ai décidé de faire un suivi en centre médico-psychologique. J’y ai trouvé une équipe formidable qui m’a beaucoup soutenue.

C’est là également que la « racine » de cette autodestruction a été trouvée : je suis borderline. Le diagnostic a malheureusement été posé très tardivement.

Tous ces petits bouts de destruction et, je m’autorise à le dire aujourd’hui, de punition, cachaient un monstre bien plus gros.

Ce qui a changé

Mes problèmes d’automutilation ont cessé avec le suivi en CMP, mes problèmes liés à l’alcool également. Je ne sors plus dans un bar toute seule. Je vis avec un homme qui me soutient beaucoup, qui est au courant de tout et m’épaule au quotidien.

De mon trouble borderline, il me reste à présent un sentiment de vide intense que j’ai toujours du mal à combler, l’impression d’être toujours seule et délaissée, et beaucoup d’anxiété.

Mais je vais mieux : j’ai un travail qui me plaît, un compagnon formidable, et surtout, je ne perds pas espoir.

Et la derma, aujourd’hui ?

Je souffre toujours aujourd’hui de dermatillomanie. Là aussi, le diagnostic a été posé tard (34 ans). J’ai souvent considéré la derma comme étant « un problème » parmi d’autres.

J’essaie maintenant de prendre le temps de soigner cela avec une thérapie TCC.

Je ne pense pas être la seule borderline à souffrir de dermatillomanie. Ce n’est pas de l’automutilation, et il est dommage que certains professionnels ne soient pas suffisamment formés.

Peut-être que mon témoignage fera écho à d’autres personnes. Je vous souhaite du courage, de la force, et de garder espoir. Toujours.


Ce que je retiens

Elle a raison. Triturer sa peau et se mutiler, ce n’est pas pareil, même si les deux peuvent exister chez la même personne. Et ça ne s’accompagne pas de la même façon. D’où l’importance de tomber sur quelqu’un qui connaît vraiment la dermatillomanie.

→ Trouver un·e professionnel·le qui connaît la dermatillomanie

♥️ Témoignage à retrouver sur Instagram @peau.ssible

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