Dermatillomanie : témoignage N°33

” Ce qui a été déterminant dans ma guérison a été de travailler sur mes émotions”

Comme pour beaucoup, il me semble, la manifestation du trouble commence à l’adolescence, vers l’âge de 12 ans. Cette période correspond avec la séparation de mes parents, et donc de plusieurs chamboulements dans ma vie. Néanmoins, avec le recul, c’est plus la façon dont je n’ai pas réussi à exprimer sainement mes émotions à ce moment-là qui a déclenché le trouble, plus que la dureté de l’événement en lui-même.

J’ai à ce moment un peu d’acné, qui devient vite pour moi un sujet d’attention central. Je scrute le moindre petit défaut de ma peau, pour le faire disparaître, et redevenir « parfaite ». Objectivement, bien évidemment, il n’en est rien, j’ai de plus de plus de marques et des crises longues et intenses.

Je me rappelle d’une nuit où ma mère est venue me voir dans ma chambre, et m’a engueulé parce que je n’étais toujours pas couchée, il devait être 5 h du mat’. J’avais été absorbée la nuit durant, focalisée sur mes problèmes, mes idées en boucle dans ma tête, comme hors de mon corps et obsédée par mes ongles sur ma peau…Bien sûr je trouve un prétexte, je mens pour tout cacher, puis je culpabilise.

En général, pendant mon adolescence, la dermatillomanie me fait perdre environ 1 à 2h par jour. Je suis perfectionniste, très bonne élève, j’aime bien plaire, je veux être jolie. En gros, je me mets la pression, pour tout. Et lorsque je fais face à un échec, aussi petit soit-il, je me replie sur moi. Trop difficile de contenir ces émotions et cette nervosité, je me venge sur ma peau.

Paradoxalement, je suis extrêmement soigneuse avec celle-ci, une fois la crise passée. Des crèmes pour le visage, le corps, des soins, des masques, des gels, etc., et une bonne dose de fond de teint pour faire illusion.

Petite parenthèse, les messages véhiculés par les publicités destinées aux produits de beauté, et les magazines féminins, ont, à ce moment-là et à mon sens, été vraiment néfastes dans ma construction identitaire et l’acceptation de mon corps.

Ils ont renforcé mon obsession pour la « peau parfaite ». Un marketing hyper agressif et culpabilisant, qui te fait comprendre que telle spécificité de ton apparence est en fait un défaut, problématique donc, et qu’il serait bien mieux pour toi d’y remédier en achetant tel ou tel produit. Le vocabulaire basique et récurent, employé par les marques de cosmétiques est clair : il faut « gommer », « purifier », « désincruster »,« assainir » ses « imperfections ». Or, une peau avec ou sans bouton, avec ou sans trace est dans tous les cas pure et saine, puisqu’elle est humaine.

A 17 ans, je décide de m’affranchir du regard des autres sur mon apparence, et d’accepter l’aspect de ma peau, avec toutes ses traces.

Je mets des débardeurs, des T-shirts, ce qui a un moment était devenu impossible puisque je me concentrais essentiellement sur mes épaules et mon visage. Je me maquille beaucoup moins, et ce retour au naturel me fait du bien. C’est un premier pas. Néanmoins, cela ne veut pas dire que j’ai réussi à réduire les crises, loin de là, et je culpabilise toujours de ne pas réussir à prendre le contrôle sur mes impulsions.

Jusqu’à mes 23/24 ans environ, mes crises fluctuent, en intensité et répétition. Les zones de mon corps affectées aussi. J’essaye plein de techniques qui n’ont pas fonctionné pour moi (cacher les miroirs, me laver dans le noir, mettre des gants, des faux ongles, etc.)

Si je devais décrire le mécanisme qui se produit lors de mes crises je dirais, dans cet ordre : toucher, vérifier, gratter, percer, être en état de transe, me réveiller, culpabiliser.

Pendant cette période, je suis en école d’architecture, où le rythme de travail est intense, et même si j’aime mes études, la critique est permanente et parfois acerbe. Dans ces cas-là, mon échappatoire face ce que je prends pour des attaques, est toujours la dermatillomanie.

Néanmoins, ces critiques et ce travail m’apprennent que dans l’art comme dans toute chose, la perfection n’existe pas.

Pendant ces mêmes études, je pars en Erasmus en Espagne, et cela me fait beaucoup de bien. Ma peau est belle, je me sens incroyablement détendue, et mes crises sont quasi-inexistantes. Peut-être que je me suis libérée d’un poids à ce moment-là, mais même aujourd’hui je ne saurais pas identifier pourquoi cette période a été aussi bénéfique..

Aujourd’hui j’ai 26 ans, et depuis quelques temps je vais beaucoup mieux. Je n’ai plus de crise, et lorsque je touche ma peau, j’arrive à conscientiser mes actions, pour ne plus me faire mal.

Ce qui a été déterminant dans ma guérison a été de travailler sur mes émotions. Je pense maintenant que ce trouble est uniquement un symptôme d’un problème émotionnel que je n’ai pas réussi à identifier ou régler au moment voulu. Cela aurait pu se traduire par d’autres manifestations, d’autres addictions, mais chez moi il s’agit de la dermatillomanie.

Lorsque je sens cette nervosité croître en moi, j’essaye de me recentrer, et de réfléchir à la source de mon mal-être, pour intervenir avant que la dermatillomanie vienne me faire comprendre qu’il y a bien un souci.

J’envoie beaucoup de courage à ceux qui se retrouvent un peu dans mon histoire, vous n’êtes pas seuls, et je vous souhaite sincèrement de vous accepter tel que vous êtes.

Peut-être des conseils plus concrets :

  • Podcast « Se sentir bien » de Esther Taillifet
  • les livres féministes de Mona Chollet dont « Beauté Fatale »
  • et plus largement les Instagram/lectures/podcast féministes qui mettent à mal toutes les injonctions faites aux femmes.

Je dois aussi beaucoup a mon copain qui me renforce au quotidien.

Enfin, merci à toi Camille pour cette page dédiée et bonne chance pour ton futur livre !

 

♥️ Témoignage à retrouver sur Instagram @peau.ssible

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