Dermatillomanie : symptômes, causes et comment aller mieux

Comprendre ce trouble, savoir pourquoi on n’arrive pas à arrêter, et découvrir ce qui aide vraiment. Pour les personnes concernées, leurs proches et les soignant·es.

La dermatillomanie, c’est le besoin répété de gratter, triturer ou percer sa peau, souvent jusqu’à l’abîmer, sans réussir à s’arrêter alors qu’on le voudrait. C’est un vrai trouble psychique, reconnu depuis 2013, et pas un manque de volonté. On peut aller mieux, et il existe des accompagnements qui aident. [1] [2]

Pendant quinze ans, j’ai trituré la peau de mon visage. Après chaque crise, je me promettais que c’était la dernière. Je savais très bien ce que ça faisait à ma peau, à ma confiance en moi, à mes sorties, à mes relations. Et je ne comprenais pas pourquoi je n’arrivais pas à arrêter.

Il m’a fallu dix ans pour découvrir le mot « dermatillomanie ». Ce jour-là, j’ai compris que je n’étais ni folle, ni seule. C’est pour que d’autres n’attendent pas aussi longtemps que j’ai créé Peaussible.

Camille Montaz, patiente-experte de la dermatillomanie et fondatrice de Peaussible

Je suis Camille Montaz, patiente-experte de la dermatillomanie, fondatrice de Peaussible et autrice du livre Mon histoire avec la dermatillomanie (paru en juin 2021, réédité en 2023). Depuis 2019, j’échange chaque jour avec des personnes concernées, et plus de 3 300 d’entre elles ont répondu à mon enquête. Je ne suis pas médecin : mon expertise vient du vécu et de ces milliers de récits. Sur cette page, je distingue toujours ce qui vient de la recherche (avec les sources en bas de page) et ce qui vient de l’expérience.

En bref

  • Le nom médical est « trouble d’excoriation » ; en anglais, skin picking disorder.
  • Il fait partie de la famille des TOC et des comportements répétitifs centrés sur le corps, comme la trichotillomanie (s’arracher les cheveux ou les poils) et l’onychophagie (se ronger les ongles).
  • Il commence souvent au début de l’adolescence, mais peut apparaître à tout âge, avec ou sans acné.
  • La souffrance ne se mesure pas à la taille des marques : des marques discrètes peuvent s’accompagner d’une grande souffrance.
  • Les thérapies comportementales (TCC, inversion d’habitude) sont les approches les mieux étudiées.
  • On peut aller beaucoup mieux. C’est Peaussible !

Qu’est-ce que la dermatillomanie ?

Dans le DSM-5, le manuel de référence des troubles psychiques, la dermatillomanie s’appelle le « trouble d’excoriation ». On parle de trouble quand les triturages sont répétés, qu’ils abîment la peau, qu’on a déjà essayé d’arrêter sans y arriver, et que ça fait souffrir ou gêne la vie quotidienne. [1] [5]

Ce n’est pas un trouble rare. Une enquête américaine menée en 2020 auprès de plus de 10 000 adultes estime qu’environ 2 % des adultes en souffrent actuellement. [6]

Percer un bouton de temps en temps, ce n’est pas de la dermatillomanie. Ce qui fait la différence, c’est la répétition, la perte de contrôle et la souffrance.

Les doigts visent un bouton, un point noir, une croûte, une peau morte, un poil incarné… ou un relief minuscule que personne d’autre ne voit. Beaucoup de personnes me décrivent ce besoin de « lisser » la peau, d’enlever ce qui dépasse. Et ce décalage, je le connais par cœur : on veut prendre soin de sa peau, et on finit par l’abîmer.

Le mot vient du grec derma (la peau), tillein (arracher) et mania. Le trouble est décrit dès 1898 par le dermatologue Louis Brocq, sous le nom d’« acné excoriée des jeunes filles », un nom qui ne reflète pas du tout la diversité des personnes concernées aujourd’hui. En France, le mot « dermatillomanie » s’est surtout diffusé à partir de 2009, grâce à la psychologue Alexandra Lecart. Vous croiserez aussi les termes « triturage pathologique », « grattage compulsif », « skinorexie » ou skin picking.

Faut-il avoir de l’acné ou des démangeaisons ?

Non. On peut souffrir de dermatillomanie sans avoir d’acné ni de démangeaisons. L’acné est souvent ce qui déclenche les premiers gestes, mais ils continuent bien après que la peau s’est calmée. Dans mon enquête, 70 % des personnes décrivent leur acné comme faible. Une maladie de peau qui gratte (eczéma, par exemple) peut aussi coexister avec le trouble : un médecin peut faire le point. [1] [2]

Les symptômes : comment savoir si c’est de la dermatillomanie ?

La dermatillomanie se manifeste par des gestes répétés : gratter, percer, pincer, arracher, rouvrir une plaie. Avec les doigts, les ongles, parfois une pince à épiler ou une aiguille. Les zones, la fréquence et la durée varient beaucoup d’une personne à l’autre. [1] [2]

Le visage est la zone la plus touchée, mais pas la seule. On me parle du dos, des épaules, de la poitrine, des bras, des jambes, du cuir chevelu, des doigts et des petites peaux autour des ongles, des lèvres, des pieds, et parfois des zones intimes. Les zones peuvent changer avec les années.

À quoi ça ressemble ? Si les images de peau abîmée vous donnent envie de triturer, vous pouvez passer directement à la suite.

Ma peau après des crises

Ces photos sont les miennes, prises pendant mes années de dermatillomanie.

Front de Camille après une crise de dermatillomanie, avec une plaie ouverte entre les sourcilsVisage de Camille rouge et marqué après une crise de triturageJoues de Camille couvertes de marques rouges après une crise de dermatillomaniePeau du visage de Camille avec des marques et des croûtes liées à la dermatillomanie

La peau de personnes de la communauté

Ces photos m’ont été envoyées de façon anonyme, via un questionnaire, par des personnes concernées. Elles montrent que le trouble ne touche pas que le visage.

Cou et poitrine couverts de marques de triturage, photo anonyme d'une personne atteinte de dermatillomanie
Poitrine
Haut du dos couvert de marques de triturage, photo anonyme d'une personne atteinte de dermatillomanie
Dos
Avant-bras avec des plaies et des marques de dermatillomanie, photo anonyme
Bras
Jambes couvertes de marques de triturage, photo anonyme d'une personne atteinte de dermatillomanie
Jambes

Des gestes automatiques ou des « crises » devant le miroir

Les gestes peuvent être automatiques, presque inconscients, ou au contraire très concentrés. Beaucoup de personnes connaissent les deux. [14]

Automatiques : la main parcourt le visage pendant qu’on travaille, cherche une croûte devant une série. On s’en rend compte quand ça saigne, ou quand quelqu’un nous le fait remarquer.

Concentrés : on vérifie « juste un truc » dans le miroir, on s’approche, et on ne s’arrête plus. C’est ce qu’on appelle souvent une crise. On perd la notion du temps, certaines parlent de « transe ». Ça peut durer quelques minutes ou plusieurs heures.

Certaines personnes mangent ce qu’elles retirent de leur peau. D’autres ont envie de toucher la peau de leurs proches. Ce n’est pas le cas de tout le monde, mais si c’est le vôtre, vous n’êtes pas « bizarre » : c’est décrit, et ça fait partie du trouble. [1]

Liste des symptômes

Elle commence souvent à l’adolescence, avec l’apparition de l’acné, mais elle peut apparaître à tout âge, parfois après un choc ou un grand changement de vie. Elle peut être légère, modérée ou sévère.

Les gestes

  • Vous grattez, percez, pincez ou arrachez boutons, points noirs, croûtes, peaux mortes ou poils incarnés, parfois jusqu’au sang.
  • Vous utilisez parfois des outils : pince à épiler, aiguille, ciseaux.
  • Vous triturez votre visage, ou d’autres zones : dos, épaules, poitrine, bras, jambes, cuir chevelu…
  • Ça arrive surtout le soir dans la salle de bain, devant un écran, en révisant, en voiture… ou même en dormant.
  • Pendant une crise, vous perdez la notion du temps : quelques minutes, ou plusieurs heures.

Votre rapport à la peau

  • Vous vous promettez d’arrêter, « demain j’arrête », et vous recommencez.
  • Vous ressentez le besoin de lisser votre peau, de « faire sortir » quelque chose, parfois de vous nettoyer.
  • Vous ressentez du soulagement ou de la satisfaction pendant, puis de la honte, de la culpabilité ou de la tristesse après.
  • Vous inspectez souvent votre peau de très près, ou la parcourez du bout des doigts.
  • Vous pensez à votre peau très souvent, et vous redoutez le regard des autres.
  • Vous comparez votre peau à celle des autres, et il vous arrive de l’envier.

Dans votre vie

  • Vous annulez des sorties ou des rendez-vous à cause de votre peau, parfois en inventant une excuse.
  • Vous dépensez beaucoup en produits pour essayer de réparer votre peau.
  • Vous cachez votre peau : maquillage, cheveux, vêtements couvrants, lumière tamisée. L’été vous fait peur.
  • Vous avez envie de triturer la peau de vos proches.
  • Vous n’osez pas en parler, par honte ou par peur de la réaction des autres.

Vous ne vous reconnaîtrez pas dans tout. Mais si plusieurs points vous parlent, ça peut en effet être de la dermatillomanie. La différence entre un trouble et une mauvaise habitude se situe surtout dans l’impact que cela a dans votre vie. C’est vous qui le sentirez. Vous pouvez également en parler à un professionnel de santé (même si malheureusement, beaucoup ne connaissent pas la dermatillomanie).

Une précision utile : si ce qui vous occupe surtout l’esprit, c’est un défaut de votre apparence qui vous paraît énorme alors que les autres le voient à peine, cela peut être lié à la dysmorphophobie (trouble dysmorphique corporel), qui peut exister seule ou avec la dermatillomanie. [1]

Peut-on triturer sa peau la nuit, en dormant ?

Oui. La dermatillomanie peut aussi se manifester pendant le sommeil, sans qu’on en ait conscience. C’est plus fréquent qu’on ne le croit : dans mon enquête, 12 % des personnes disent faire des crises la nuit.

On se réveille avec des croûtes arrachées, des marques nouvelles, parfois du sang sur l’oreiller, sans aucun souvenir de l’avoir fait. C’est très déstabilisant, et beaucoup de personnes m’écrivent à ce sujet. Dans la communauté, certaines dorment avec des gants en coton, gardent les ongles très courts ou protègent les zones les plus touchées avec des pansements.

Camille Montaz qui analyse les réponses de l'enquête Peaussible sur la dermatillomanie

L’enquête Peaussible : plus de 3 300 personnes racontent leur vécu avec la dermatillomanie

En février 2019, j’ai lancé un questionnaire pour mieux comprendre ce trouble. Les chiffres sont arrêtés en octobre 2026, et l’enquête est toujours en cours. Quelques résultats :

  • 90 % des crises arrivent le soir, et 80 % dans la salle de bain ;
  • 88 % ressentent de la culpabilité après une crise ;
  • une personne sur deux n’en parle à personne ;
  • moins de 3 % ont appris le mot « dermatillomanie » par un médecin.

Découvrir tous les résultats

TOC, addiction ou automutilation ?

Depuis 2013, la dermatillomanie est classée dans le DSM-5 parmi les « troubles obsessionnels-compulsifs et apparentés ». Elle est proche des TOC, sans être un TOC. [5]

Elle fait partie des CRCC, les comportements répétitifs centrés sur le corps (BFRB en anglais). On y retrouve la trichotillomanie (s’arracher les cheveux, les cils, les sourcils ou les poils), le fait de se ronger les ongles ou de se mordiller l’intérieur des joues. Beaucoup de personnes en cumulent plusieurs. [4]

La dermatillomanie s’accompagne aussi souvent d’autres difficultés : anxiété, dépression, autres TOC, troubles des conduites alimentaires, phobie sociale, peur du regard des autres ou de rougir, addictions, dysmorphophobie.

Beaucoup d’entre nous, moi comprise, la vivent comme une addiction : une envie très forte, un soulagement sur le moment, puis le besoin de recommencer. Le mot décrit bien le vécu, même si ce n’est pas le diagnostic officiel.

Ce n’est pas non plus de l’automutilation. Dans la dermatillomanie, le but n’est pas de se faire mal : les marques sont une conséquence du geste, pas l’objectif. Les deux peuvent exister chez une même personne, et c’est au professionnel de faire la différence. [4]

Pourquoi on n’arrive pas à arrêter

Le geste apporte quelque chose sur le moment : un soulagement, une satisfaction, une tension qui retombe. C’est ce qui le rend si difficile à lâcher, même quand on connaît les conséquences. [13]

Sur le moment, enlever ce qui dérange paraît plus urgent que tout le reste. Puis la peau cicatrise, une croûte se forme, et les doigts y reviennent. Et après la crise viennent les pensées : « Pourquoi j’ai fait ça ? », « J’ai tout gâché ». Je connais bien cette colère contre soi. Elle prend parfois autant de place que les gestes eux-mêmes.

Comprendre ce qui se passe avant, pendant et après une crise, c’est souvent le premier pas pour savoir où agir.

Les causes et les déclencheurs

Il n’existe pas une cause unique. La recherche explore des pistes biologiques et familiales, sans réponse définitive. [4]

Les déclencheurs les plus fréquents sont le stress, l’ennui, la fatigue, le miroir, les émotions difficiles, ou simplement un relief sous les doigts. [2]

Dans les récits que je reçois, certains thèmes reviennent souvent : le perfectionnisme, l’anxiété, la pression sur l’apparence, les périodes de changement, parfois un traumatisme. Mais on n’a pas besoin d’avoir vécu un traumatisme pour être concerné·e. Et la dermatillomanie ne s’explique pas par un simple « manque de dopamine » : les connaissances actuelles ne permettent pas de l’affirmer. [4]

Le livre Mon histoire avec la dermatillomanie de Camille Montaz

Mon livre

Tout ce que j’aurais aimé savoir avant, pour aller mieux.

Dans Mon histoire avec la dermatillomanie, je raconte tout : les débuts de la derma, les années de honte, puis chaque étape du chemin jusqu’à m’en sortir. Avec les 10 clés qui m’ont aidée et des fiches pratiques pour avancer à votre rythme.

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Dermatillomanie, TDAH et autisme

Beaucoup de personnes avec un TDAH ou un trouble du spectre de l’autisme (TSA) me parlent de dermatillomanie. Les liens sont réels dans les vécus, mais la recherche en est encore à ses débuts : on ne peut pas dire que l’un cause l’autre.

TDAH et dermatillomanie

Avec un TDAH, le besoin de bouger, de s’occuper les mains ou de se stimuler peut rendre la peau très attirante : elle est toujours là, toujours accessible. Les gestes deviennent alors souvent automatiques, pendant qu’on est concentré sur autre chose. Quelques études et observations vont dans ce sens, sans permettre de généraliser. Dans un cas publié, le traitement du TDAH a aussi réduit les triturages. [9] [18]

Si vous avez un TDAH, ou pensez en avoir un, dites-le au professionnel qui vous accompagne : les stratégies pour la dermatillomanie peuvent être adaptées à votre fonctionnement. J’en parle aussi dans un épisode de mon podcast consacré au TDAH.

Autisme, stimming et dermatillomanie

Chez les personnes autistes, les gestes répétitifs, qu’on appelle stimming, peuvent aider à se réguler face aux sensations, aux émotions ou au trop-plein. Certaines personnes autistes me disent que triturer leur peau joue un peu ce rôle. [16]

Pour l’instant, les études portent sur des sujets voisins, comme les traits autistiques chez les personnes ayant une trichotillomanie. Elles ne montrent pas que la dermatillomanie est une forme de stimming. Mais si vous êtes autiste, comprendre quel besoin sensoriel remplit le geste peut aider à trouver une alternative qui y répond aussi, sans abîmer votre peau. [17]

Les conséquences sur la peau et sur la vie

Sur la peau, les triturages peuvent laisser des plaies, des taches, des cicatrices, et parfois s’infecter. Mais la souffrance n’est pas proportionnelle aux marques. [12]

Ce qu’une photo ne montre pas, c’est le temps passé à vérifier, à camoufler, à choisir un col roulé en plein été, à éviter certaines lumières. Les sorties qu’on annule. Le regard qu’on fuit, persuadée que l’autre ne voit que ça. La dermatillomanie peut toucher les études, le travail, l’intimité, l’estime de soi.

Camille Montaz avec son masque LED allumé sur le visage

Pour les marques, taches et cicatrices, voici une liste de traitements esthétiques qui peuvent aider. Je n’y ai jamais eu recours personnellement. Par contre, j’utilise un masque LED régulièrement depuis fin 2023, et j’observe de vrais effets sur la réduction de mes taches et la cicatrisation plus rapide de ma peau après les triturages ! Je vous en parle plus en détail dans cet article sur le masque LED.

Je sais aussi, pour l’avoir vécu, qu’on peut avoir l’air d’aller très bien. Travailler, voir du monde, s’occuper des autres, tout en dépensant une énergie folle à cacher ce qui se passe. Votre souffrance compte, même si on vous dit que « ça ne se voit presque pas ».

Quand consulter rapidement pour votre peau ?
Si une plaie devient rouge, chaude, gonflée ou douloureuse, si du pus apparaît, si vous avez de la fièvre, ou si une plaie est profonde ou ne cicatrise pas, consultez un médecin. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112. [10]

Comment aller mieux : traitements et pistes

On peut aller mieux. Les accompagnements qui marchent le mieux associent un travail sur les gestes, des soins de la peau, et une prise en charge de ce qui se joue autour (anxiété, émotions, estime de soi). [13]

La TCC et l’inversion d’habitude

Les thérapies cognitives et comportementales (TCC) adaptées au trouble, et en particulier l’inversion d’habitude (habit reversal training), sont les approches les mieux étudiées. [3] [13]

Concrètement, on apprend à repérer le moment où la main monte vers le visage, avant de toucher. Puis on la remplace par un geste qui empêche de triturer, comme poser les mains à plat sur les cuisses ou serrer un objet. On choisit ce geste à l’avance et on l’entraîne, pour qu’il soit là quand l’envie arrive. On travaille aussi sur les situations à risque : la salle de bain, le miroir grossissant, le canapé le soir.

Les autres approches : à chacun son chemin

Il n’y a pas une seule bonne façon de s’en sortir. La TCC est la plus étudiée, mais la thérapie par la parole ne convient pas à tout le monde. L’important, c’est de trouver l’approche qui vous correspond.

Les thérapies basées sur l’acceptation, comme l’ACT (thérapie d’acceptation et d’engagement), commencent à être étudiées et donnent des résultats encourageants. [3] Dans ma communauté, beaucoup de personnes ont aussi été aidées par des approches qui passent par le corps ou par d’autres chemins : la sophrologie, l’hypnose, le neurofeedback, l’EMDR, le yoga, la méditation… Vous en trouverez plusieurs exemples dans les témoignages.

Certains trouveront même un apaisement dans le sport, dans une activité manuelle et créative, le chant, le théâtre… ou toute activité qui permet d’utiliser ses mains et/ou de se sentir bien !

Ces approches sont encore peu étudiées pour la dermatillomanie. Mais ce qui compte, c’est ce qui marche pour vous. Et si l’anxiété, la dépression ou un traumatisme pèsent lourd, ils méritent aussi un accompagnement à part entière.

Existe-t-il des médicaments ?

Il n’existe pas de médicament spécifique à la dermatillomanie. Deux molécules, la N-acétylcystéine et la mémantine, ont donné des résultats encourageants dans des essais, mais sur peu de personnes et peu de temps. [7] [8]

Les antidépresseurs de type ISRS peuvent aider quand une anxiété ou une dépression est présente, mais leur effet sur les triturages eux-mêmes est incertain. [1] Un traitement se discute toujours avec un médecin ou un psychiatre. Ne commencez jamais un médicament sur la base d’un témoignage, ni de cette page.

Qui consulter ?

Vous pouvez commencer par votre médecin traitant. Ensuite, un ou une psychologue (ou psychiatre) formé·e aux TCC peut travailler sur les gestes, et un ou une dermatologue peut soigner la peau et les cicatrices. Les deux suivis peuvent avancer en même temps. [2]

Au premier rendez-vous, vous pouvez décrire la fréquence des gestes, leur durée, ce que vous avez déjà essayé et ce que ça change dans votre vie. Si votre peau a cicatrisé entre-temps, vous pouvez montrer des photos, si vous êtes à l’aise avec ça. Et vous pouvez demander : « Est-ce que vous connaissez la dermatillomanie ? » Si on minimise votre souffrance ou qu’on la ramène à « juste de l’acné », vous avez le droit de demander un autre avis.

Pour vous aider à trouver quelqu’un, j’ai créé un annuaire de professionnels recommandés par la communauté Peaussible. Ce sont des recommandations de personnes concernées, pas une certification : pensez à vérifier la formation et l’approche du praticien. Vous trouverez aussi mes conseils pour trouver un psy.

Ce qui peut aider au quotidien

Commencez petit. Une seule chose qui change, c’est déjà beaucoup. Voici des pistes qui m’ont aidée, et que la communauté partage souvent : [2]

  • Observer, sans vous juger. Pendant quelques jours, notez où vous êtes, ce que font vos mains, ce que vous ressentez juste avant. Quelques mots suffisent.
  • Occuper vos mains. Un objet à manipuler près du canapé, du coloriage, du tricot, une balle anti-stress. Là où les crises arrivent le plus souvent.
  • Aménager la salle de bain. Ranger la pince à épiler, éviter le miroir grossissant, baisser un peu la lumière. Ça m’a énormément aidée.
  • Prévoir quoi faire quand l’envie monte. Sortir de la pièce, marcher, appeler quelqu’un, respirer lentement.
  • Faire attention aux vidéos de perçage de boutons. Certaines personnes s’en servent pour patienter, mais chez d’autres elles réveillent l’envie : une étude a montré que des images de triturage augmentent l’envie de triturer. Observez l’effet qu’elles ont sur vous. [15]
  • Après une crise, être doux avec vous. Soigner la peau, quitter le miroir, et éviter de refaire le film. Ce n’est pas un échec, c’est un moment difficile.

Je détaille ces pistes, et celles qui n’ont pas marché pour moi, dans l’article exercices contre la dermatillomanie : ceux qui m’ont aidée.

Téléphone qui lit la note vocale Peaussible « J'ai envie de triturer : help ! »

Notes vocales

Quand l’envie monte, lancez une note. Je vous guide en temps réel.

Ce ne sont pas des conseils de plus : ce sont de vrais protocoles audio. Pendant 5 à 10 minutes, ma voix vous guide pas à pas pour couper le pilote automatique, occuper vos mains et traverser l’envie sans partir en crise. Ou pour redescendre plus vite si elle est déjà là.

24 notes pour 24 moments précis : quand l’envie monte, en pleine crise, juste après une crise, devant le miroir de la salle de bain, en rentrant chez soi, quand on n’arrive pas à dormir, après une remarque sur sa peau, après une rechute…

Écouter une note offertePlus de 3 h d’audio, sur votre téléphone.

Peut-on guérir de la dermatillomanie ?

Oui, on peut aller beaucoup mieux. Les traitements réduisent les symptômes chez de nombreuses personnes, mais chaque parcours est différent, et des rechutes peuvent arriver. [3] [4]

Moi, je m’en suis sortie après quinze ans. Aller mieux, ça a surtout voulu dire retrouver de la liberté : ma peau a pris de moins en moins de place dans ma tête, dans mes journées, dans mes relations.

Les premiers progrès sont souvent discrets. Des crises un peu moins longues. Un geste interrompu plus tôt. Une sortie sans maquillage. Ils comptent, même si vous n’êtes pas encore là où vous voudriez être. Et une rechute n’efface pas le chemin parcouru : elle dit simplement qu’il est temps d’ajuster quelque chose. Si vous voulez lire d’autres parcours, il y a des dizaines de témoignages de personnes concernées sur le site.

Vous êtes un proche : comment aider ?

Ce n’est pas sa faute. Si votre proche pouvait arrêter, il ou elle le ferait. Ce qui aide le plus, c’est d’écouter sans juger, de ne pas commenter sa peau, et de lui demander ce dont il ou elle a besoin.

Quand on voit la peau de quelqu’un qu’on aime abîmée, on a envie de dire « arrête », de proposer une crème, un rendez-vous chez le dermato. C’est normal. Mais la personne connaît déjà les conséquences, et elle s’en veut déjà énormément. Une remarque de plus lui donne surtout l’impression d’être observée et pas comprise.

  • Évitez les remarques sur sa peau, même positives. Un « ta peau est mieux aujourd’hui ! » lui rappelle qu’on la regarde.
  • Valorisez-la pour autre chose que son apparence. Elle est bien plus qu’une peau.
  • Ne lui prenez pas les mains sans son accord. Si elle le souhaite, vous pouvez convenir ensemble d’un mot ou d’un signe pour lui signaler un geste automatique.
  • Proposez votre aide pour chercher un professionnel ou l’accompagner à un rendez-vous, si elle en a envie.
  • Les petites attentions comptent : un mot doux sur son miroir, une lettre, un moment pour se détendre ensemble.
  • Gardez des moments qui n’ont rien à voir avec la peau, pour que le trouble ne prenne pas toute la place.

Vous ne pourrez pas guérir à sa place, ni empêcher une crise. Mais vous pouvez être là. Parfois, une phrase suffit : « Je ne comprends pas tout, mais je te crois. Qu’est-ce qui t’aiderait ? »

Et si vous avez été maladroit·e jusqu’ici, ne vous en voulez pas. Vous êtes en train de lire cette page et de vous renseigner sur ce trouble, c’est déjà un vrai pas.

🩷 Des idées pour soutenir une personne qui triture sa peau :

  • Le livre Mon histoire avec la dermatillomanie

    Le livre : « Mon histoire avec la dermatillomanie. S’en sortir, c’est peaussible ! » vous aidera à mieux comprendre ce trouble, et ce qu’on vit, pense et ressent vraiment quand on en souffre. Une partie dédiée aux proches, avec des conseils, se trouve à la fin.

  • Les notes vocales Peaussible sur un téléphone

    Les notes vocales : c’est dur de trouver les bons mots quand on n’a pas soi-même connu ce trouble. Ces 24 messages audio sont une voix qui lui dira pile ce qu’elle a besoin d’entendre, dans les moments qu’on traverse toutes et tous avec la dermatillomanie.

  • Le sticker Un jour après l'autre

    Les stickers : des petits mots à coller un peu partout pour reprendre espoir, se sentir moins seul·e, voire réduire les crises.

Voir la boutique

Et si c’est un enfant ou un ado ?

La dermatillomanie commence souvent tôt. Si votre enfant abîme sa peau ou en souffre, un médecin ou un pédiatre peut évaluer la situation et vous orienter vers un accompagnement adapté à son âge. Évitez les punitions, les moqueries et la surveillance permanente : elles augmentent la honte, et la honte entretient le trouble.

Vous êtes soignant·e : ce qui aide vraiment vos patient·es

Mettre un nom sur le trouble change tout. Dans mon enquête, moins de 3 % des personnes ont appris le mot « dermatillomanie » par un médecin ou un dermatologue. Beaucoup ont consulté des années pour « de l’acné » sans que personne ne leur parle du geste.

Voici ce que les personnes concernées me disent avoir aidé, ou leur avoir manqué, face à un soignant :

  • Poser la question simplement devant des lésions qui ne cicatrisent pas : « Est-ce qu’il vous arrive de toucher ou de gratter votre peau sans réussir à vous arrêter ? »
  • Nommer le trouble d’excoriation, et expliquer que c’est un trouble reconnu, pas un manque de volonté.
  • Éviter le « il suffit d’arrêter », qui renforce la honte et éloigne du soin.
  • Orienter vers une TCC avec inversion d’habitude, et soigner la peau en parallèle, sans attendre l’arrêt complet des gestes.
  • Prendre la souffrance au sérieux, même quand les marques sont discrètes.

Si vous accompagnez des personnes concernées, cette page et les témoignages peuvent leur être transmis. Ils aident souvent à se sentir moins seul·e entre deux rendez-vous.

Affiche Ceci n'est pas de l'acné pour les salles d'attente

Une affiche pour votre salle d’attente

J’ai créé une affiche gratuite pour aider vos patient·es à mettre un nom sur ce qu’ils et elles vivent, et faire connaître la dermatillomanie. Elle s’imprime en A3.

Télécharger l’affiche

Les ressources Peaussible pour avancer

J’ai souffert de dermatillomanie pendant 15 ans, et j’ai fait tellement de recherches et d’expérimentations sur moi pour m’en sortir que je me suis passionnée pour ce trouble. Avec le temps, je suis devenue « patiente experte », et mes échanges avec des milliers de personnes concernées sur le compte Instagram @peau.ssible m’ont apporté une connaissance très large de la dermatillomanie ! Alors depuis 2019, je crée les ressources que j’aurais rêvé avoir avant, pour essayer d’aider à mon échelle…

Selon ce dont vous avez besoin, voici où aller.
Certaines ressources sont gratuites, d’autres payantes. Aucune ne remplace un suivi, mais elles peuvent vous accompagner à côté.

Si vous allez vraiment mal

Si vous avez des idées suicidaires, ou si vous êtes inquiet·e pour un proche, appelez le 3114. C’est gratuit, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, partout en France. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112. [11]

Si vous vous êtes reconnu·e dans cette page, vous pouvez la montrer à un proche ou à un professionnel de santé pour expliquer ce que vous vivez. Vous n’avez pas besoin de savoir comment arrêter pour demander de l’aide. S’en sortir, c’est peaussible.

Camille

Sources

Les informations médicales de cette page s’appuient sur les références ci-dessous. Les passages de vécu viennent de mon parcours, de mon livre, des messages que je reçois et de l’enquête Peaussible (enquête communautaire, non représentative de toute la population). Les connaissances évoluent : cette page est mise à jour régulièrement.

  1. Manuel MSD, version professionnelle. Excoriation (Skin-Picking) Disorder.
  2. NHS. Skin picking disorder.
  3. Lochner C., Roos A., Stein D. J. Excoriation (skin-picking) disorder: a systematic review of treatment options. Neuropsychiatric Disease and Treatment, 2017.
  4. Grant J. E., Chamberlain S. R. Trichotillomania and Skin-Picking Disorder: An Update.
  5. American Psychiatric Association. DSM-5, Obsessive-Compulsive and Related Disorders, 2013.
  6. Grant J. E., Chamberlain S. R. Prevalence of skin picking (excoriation) disorder. Journal of Psychiatric Research, 2020.
  7. Grant J. E. et al. N-Acetylcysteine in the Treatment of Excoriation Disorder: A Randomized Clinical Trial. JAMA Psychiatry, 2016.
  8. Grant J. E. et al. Double-Blind Placebo-Controlled Study of Memantine in Trichotillomania and Skin-Picking Disorder. American Journal of Psychiatry, 2023.
  9. The Relationship Between Chronic Pruritus, Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder, and Skin Picking: A Case Series and Narrative Review. Journal of Clinical Medicine, 2025.
  10. Assurance Maladie. Comment bien soigner une plaie.
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  19. Camille Montaz, Mon histoire avec la dermatillomanie, juin 2021 (réédition 2023) ; enquête communautaire Peaussible, ouverte en février 2019 (plus de 3 300 réponses en octobre 2026).
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